chambre froide

  j’allume la lampe
  on peut dire qu’elle est allumée (on)
  on ne peut affirmer par contre qu’elle éclaire quoi que ce soit, ou qu’elle éclaire du tout
  si je l’éteins (off) cela ne change rien, sinon que je ne vois plus que je ne vois rien
  et toujours en moi cet étrange sentiment de vivre sous le joug d’une lampe ni allumée (on), ni éteinte (off)
  moi l’inutile interrupteur, marchant à vide

  une fois le vide ouvert je m’y installe, j’y prends mes aises, je m’y vautre
  je rêve nu
  j’ai pensé à une malle bourrée de fringues en vrac où je m’enterrerais
  avec une tablette de médocs bien assommants, ma brosse à dent et mon nounours pelé
  j’en sortirais la tête parfois, m’assurer que tu es toujours là, que tu n’es pas sortie, n’en a pas profité pour
  m’abandonner, ou pire encore

  demain je m’écris une lettre, une lettre comme chaque jour ou que je poste une jour sur deux, sautant d’une jambe sur l’autre
  demain rien n’est sensé m’arriver – je suis inapte à l’événement, conditionné à l’inactualité, insensible à ce genre de considérations
  j’y laisse ma peau pourtant, j’y laisse mes os, j’y perds mes eaux
  mes eaux claires, mes eaux usées

  entrebâille-la au moins
  passe moi ton briquet vide, une allumette cramée
  caresse-moi les pesticules au passage, comme une odeur bouleversante de cannabis
  je ne parle de rien
  des miettes
  sur un pull noir, ça se voit bien les miettes
  peut-être une autre fois, tu cours entre mes jambes…

  tu ne mets plus de manteau, tu te dessines toute seule
  tu ne mets plus de slip non plus, sauf pendant les règles, les hygiéniques
  je m’approche de quelqu’un et quelqu’un s’en va, j’écris mon inquiétude au dos du monde, le dos les cloques
  tu ne te coiffes plus, c’est vrai, à quoi ça sert de se coiffer?

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