il faut deux joues à l’abîme

  ne me contredis pas (je suffis à cela), reste auprès de moi
  auprès de moi comme au bord d’un précipice
  effarée cependant protectrice
  entortillant machinalement les poils du pubis
  à ton doigt d’ongle court

  il me faut moins d’un jour pour succomber, quelques instants même
  tête hors l’eau, tête sous l’eau, à ras de fêlure
  j’ai l’animal fatigué, l’animal nocturne, je lui donne à rogner
  il flaire, il rechigne
  puis il se lasse…

  il faudra bientôt baisser les yeux, qu’il n’y ait plus de place en moi
  que pour l’Autre total, l’Hôte de lumière
  en attendant je jette du pain aux canards
  aux poissons quand les canards se révèlent poissons
  aux morts quand les morts se révèlent vivants

  recouvre-moi de ténèbre, de la ténèbre que tu sais
  dépose là un petit banc, un simple tabouret, que je m’assoie
  me repose un moment
  vois-tu je n’ai rien pour m’exploser la tête, je ne dispose
  que de l’attente
  alors j’attends

  tu me prends dans tes bras, dans l’ambiance un long cortège facile, une
  éjaculation précoce
  je me marie cette nuit
  j’appelle au secours mais c’est une bouée tranquille, une clé d’étranglement
  un mort par contumace

il faut deux joues à l'abîme

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