pick up sticks

  les hommes n’ont plus d’âme, plus de femme, ils voient sans regarder
  je ne suis pas un homme et c’est ce qui, bancal paradoxe, fait de moi un homme
  une femme
  mais quand même pas un enfant

  je ris regarde ma tronche, je ris, même si je ris pas franchement
  ma nuit: un accident métaphysique, un sale
  concours de circonstances, un complot
  de l’ordinaire mais quand je me frotte
  oh oui quand je me frotte
  et que rien ne se passe…

  je me suis frotté tout à l’heure contre
  le poteau électrique juste au coin de ma chambre et j’ai
  éjaculé des plumes, de la poudre de
  perlimpinpin je me touche la tête, la tête ne répond pas
  la tête ne répond plus

  vivre vide
  la mérule attaque le gland
  la pitié se dit toi, eh, as-tu pitié
  n’ouvres-tu les yeux que lorsque tombe la nuit, et que remontent les filles
  je ne m’aime pas, ou seulement par compensation, parce que je ne m’aime pas
  je dors avec un rat, quand il veut bien

  je me mets de côté, sur le côté, pick up sticks
  ta mère n’est pas ma mère, et la mienne non plus, les mères ou comme elles pèsent
  en amoureuse quête d’un bourreau, on essaie des ailes aux passants de fortune
  on est bien ridicule

  la beauté évidemment qu’on ne la mérite pas et cependant
  la laideur nous préserve d’une certaine forme de lâcheté, j’ai la crampe à la jambe, je traîne la patte
  je me dis allez, prends ma main
  puis je me lâche en plein large…

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