le saut sans l’élastique

  tout à sa porte et tout à son odeur, il se mange un pion
  accentuant la déroute, demain même il
  jette sa baraque au feu, il attend un enfant – ce qui ne lui sera évidemment
  d’aucun secours

  malgré tout, et les portes qui claquent, il ne
  reconnait plus personne autour de lui, ni en soi
  jour après jour il arrose son gouffre, lequel progresse, lequel remonte et bientôt
  oh très bientôt
  le débordera

  il ne pleuvra plus
  sauf dans le souvenir têtu
  de son désespoir, recouvert par un désespoir plus grand encore – il ne tient plus
  que par l’idée qu’il tient encore, et la colère sans doute – une colère froide, sourde
  sourde et froide

  un poumon se promène
  seul dans le vide, puisqu’il n’y a plus de ville, que la ville s’est rétrécie au point de tenir toute sur le dos
  d’un coléoptère
  il s’est assis au fond d’une cour. dire qu’il s’est mis à sangloter
  manquerait de rigueur

  il ne reverra plus sa femme, son chien
  ni le dos de sa propre main – ce ne sont cependant pas des vacances, même s’il s’est arrêté
  de pleuvoir ou d’ailleurs
  quelqu’un se trompe de lit

  il a cessé de chanter, comme on arrête de fumer, par abjecte nécessité d’une part
  de l’autre par simple dégoût, et ce qu’il y a de pur dans le dégoût
  une fois quitté, le sol
  ne se reconstitue pas

le saut sans l'élastique

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