sommet de la mort lente

  un chien nourrit un chien, le reste fait le contraire, je veux dire affame. je deviens insensible
  à l’alcool, au mérite, aux délicates intentions – mourir
  ne se remplace pas par mourir
  ne se remplace pas. est un chien détrempé

  je veux embrasser celui-là qui me tue, m’arrache les larmes avec la langue, je veux recracher
  tout mon sang, tout ce qui m’a pourri le sang j’attrape
  un ver je le regarde de travers j’attrape
  un ver je lui dis toi mon mec

  tu vas me dire pourquoi. tu vas me dire pourquoi hein oui mais pas toi
  et je ne répondrai pas
  toute la mort est devant, toute la mort est derrière et tu me dis pourquoi hein oui mais pourquoi
  et moi je ne te réponds rien, je ne te réponds pas. je suis Roubaix je suis la mort, je suis ma pente je suis ma mort et je t’en prie, je t’en conjure
  je suis Roubaix

  un jour on s’alignait, on s’alignait en ligne, hémoglobine
  comme si mourir n’allait pas au bout, il fallait le ressentir, y consentir
  du coup ça fait bizarre, jouir
  comme jouir à présent, du présent disloqué ou même qui n’existe pas, du présent
  diamétralement absent

  j’aurais rêvé être un homme, faire tout ce que font les hommes, avec leurs femmes, avec leurs autos, avec leurs animaux, ne pas mourir
  j’ai rencontré un chien, je sais pas encore comment l’appeler ce chien, à l’état de charogne ce chien
  je sais pas comment vivre. embrasser un mort sur la bouche ça ne s’exauce pas

sommet de la mort lente

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