hérédité

  je n’aime les hommes que nus
  j’allais dire les âmes
  j’allais dire je n’aime les âmes que nues
  quand l’âme signifie la nudité de l’homme
  et l’homme le bouleversant
  dénuement de l’être

  ou quand survivre ne s’apparente déjà plus à un combat, mais à une routine, toute dignité saignant du cul
  un vieux clodo. il répétait sans cesse et pour lui-même « ah c’est l’angoisse ». alors nous on l’appelait Langoisse
  pour conclure, on en crève tous un jour – de ci, de ça, de simple mort ou même
  d’avoir vécu…

  j’ai peur du vent qui sème, décime, malmène
  alors je me bouche les oreilles, je plisse les yeux et je me pince les fesses. le vent qui vente ne me dit rien de bon
  un jour je serai personne. je m’y efforce chaque jour. un jour je serai rien, vague après vague
  plus pur qu’un mort la bouche ouverte: la mouche sur sa lèvre

  dans la nuit c’est comme on veut, et comme on veut c’est rien, à l’aveuglette
  on se serre la douille on se gratte la foune, la voile hissée et l’amarre larguée – ne manque que la mer
  une mer, n’importe quelle mer
  sera toujours la mer…

  on disait on dirait, comme un jour on dira, la putain rougira
  mort jeune, de vie si vieille, on ne se
  reconnait plus
  – c’est pourtant soi pourtant. pourtant c’est allemand

hérédité

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