pierre ou caillou

  il y a, dans mon appartement, quelqu’un de tout petit, quelqu’un de minuscule, de pas plus haut qu’une marche
  il boit sa raison chaude

  je n’apporte pas grand chose sur la table: mes mains, de leurs longs doigts. un couteau qui coupe mal car je ne cesse de me couper. une tasse. dans laquelle je bois l’eau, le thé, le vin – enfin… tout ce que je bois
  de mes doigts effilés

  je reconnais peu de poésie à la mer, pas plus qu’au chemin menant à la mer. il n’y a en moi nul horizon, et la lumière si lumière il s’y trouve ne provient pas de moi mais de plus loin au fond, ou d’en-dehors
  de moi-même je n’éclaire rien, n’émet aucune lueur

  la poussière s’accumule dans les angles, sur les surfaces planes. aérer chaque jour, même en hiver, mais jamais trop longtemps
  une vie macère en moi, l’habitant de ce lieu

  toute clarté me traverse, tamisée comme si j’étais une vitre opaque, laissant filtrer la lumière du jour sans pour autant risquer d’être vu du dehors où
  flottent les yeux, mâchouillent leurs prunelles

  des images pendent du plafond, peu réciproques. il ne se passe rien, d’un rien épais, increvable, corrosif
  entre l’ivresse et le temps le combat continu, le combat diminue

  les doigts sentent le charbon, le charbon tout à coup. portion congrue
  il y a un temps dormir debout, une vérité ludique. un ver pendant au cul du vide, un pauvre poil…

pierre ou caillou

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