prodigue-moi la mer

  je me demande ce qu’est d’être humain. la tristesse sans doute. la tristesse, infiniment humaine. la tristesse comme l’humaine infirmité de l’être ou quelque chose comme ça. ce deuil-là. ce deuil de l’amour impossible

  il y a des huîtres dans le parc
  il y a des huîtres partout
  le banc cependant
  reste de planches

  des hommes malades
  ils ne viennent de nulle part, rentrent où ils peuvent, repartent n’importe quand
  s’abritent de la pluie, pensant ainsi passer
  entre les gouttes, ou sous la vague

  un soir à marée basse, mais si basse…
  qui l’eut crue remonter, se mettre à jour, veuve d’un i
  un soir se noyer, mais pourquoi se noyer – comme s’il n’y avait pas
  assez d’eau comme ça, même à Sligo

  quelqu’un ne descend pas
  vers le port ou plus bas, où mon bras reste creux
  faut dire que je n’attends pas, à force de
  n’attendre plus

  si quelqu’un a pitié surtout qu’il
  ne le montre pas, l’agrafe tombée
  l’ombre entrouverte
  je ne sais pas ce qui me prend, le froid me prend, des doigts
  d’où s’émiette la pluie

  l’âme, c’est exactement tout ce qu’on ne dit pas
  sortir un trois-quatre quand seul un double six nous sauverait
  je ne crois qu’au destin, c’est à dire à la réalité pure – non pas telle qu’elle tombe,
  mais telle qu’elle s’écrase

prodigue-moi la mer

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