personne en ce pays ne déterre les ancêtres, ne les toilette. personne en ce pays ne mouille son doigt, n’ouvre sa langue. c’est un pays de sage rectitude, où de faméliques survivants promènent un visage dévasté, communiquent en morse. je crois que mon ancre y brisa le tabou d’une surface immobile limpide, mais n’en retira rien.
rompu le charme, flagrante l’attente. on s’y touche la dent, vérifier qu’elle ne chancelle pas, qu’elle ne cède à son tour. on ne court pas se laver après l’amour, on garde les odeurs, on macère. je sors des gros cailloux de mon corps des gros cailloux je ne sais pas où les jeter pour m’en débarrasser – aucun clébard en vue.
pauvre garce, tes positions extravagantes, ton érotomanie chronique. tes poils sous les bras. je regarde ailleurs comme depuis toujours je regarde ailleurs, et nulle part ici. ici me congère. et trait pour trait je n’y gagne pas un visage – une nébuleuse à l’air libre, tout au plus. convulsive apathie.
les barreaux descellés, le vent pourtant ne s’y engouffre pas. je parle avec les arabes, même si je ne comprends pas la langue. leurs quelques mots de grec ne suffisent pas à établir le dialogue. les chalutiers vont à la mer; les morts retournent à la terre, comme reprenant du service. entre les deux circulent le goulot, passant de bouche ne bouche, ressoudant les esprits.
à quoi bon marcher, nager ou pédaler quand on peut circuler en voiture, en sublime usager des transports en commun ? je t’ai prise en photo c’est déjà quelque chose. ça fait sans doute un peu moins mal aussi. les liens sont défectueux. les lacets traînent par terre. quelqu’un met de la musique que personne n’écoute. je t’ai prise en photo, en sublime usager des transports en commun.

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