je ne me sens jamais plus vivant que conduisant sur le réseau secondaire, graves routes de pluie
là où je laisse mon âme une trace en demeure et cette trace finit par absorber toute la pensée
l’esprit vide, mais vide de quoi
épiler dieu sur la croix, coupe des ongles massage de pieds, tu ne comprendras pas – en tout cas moi je ne comprends pas
il y avait un trou et je suis tombé, un étrier et je suis monté, une cigarette
que j’ai fumée, taffe sur taffe
nous ne sommes pas ensemble vraiment
nous ne sommes pas ensemble du fait de naître seul, nous ne sommes pas ensemble
du fait de mourir seul, un torchon à la main
un vague sourire à quelque souvenir salace
le pot de miel entamé dans le buffet
j’aspirais seulement à un bout de vérité, rien qu’un bout m’aurait sauvé, maintenant c’est trop tard
maintenant le bout de vérité je l’ai trouvé là justement
où elle faisait défaut, sous ce bout de vérité manquante, ce qui ne m’aide ni à vivre
ni à mourir
ni à rien
et cependant je ne tiens qu’à ça, à mon non-bout
de vérité…
je n’aime pas ce qu’on fait des morts, comme si les morts n’étaient pas
des bouts de dieu voguant vers dieu, des avortons buttés en touche, des tampons dont on se débarrasse dans le petit sceau noir
à côté de la cuvette – je n’aime pas
ce qu’on fait des vivants, comme s’ils portaient un nom, mon nom ou n’importe quoi de plus lourd que leur être, comme s’ils n’avaient pas à pleine bouche
mangé la croix, étouffé de la croix, l’arête originelle, le zizi frauduleux, claudiquant
sur leur genou tordu
je m’endors à l’ombre du précipice je m’endors
sur un champ d’alésia, tout contre un arbre mort et je n’ai pas peur, ne t’y méprends pas à me voir ainsi trembler je n’ai pas peur
j’ai un chien à ma gauche, mamelles ratissant la poussière, j’ai un chien à ma gauche
j’ai un chien à ma droite il a mal aux organes un cancer je sais pas les couilles toutes gonflées j’ai un chien à ma droite
mon dieu si bel est l’horizon, si bel
l’horizon, ne l’écartèle pas

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