d’un bout de dieu tombé à terre

  j’ai bouffé le facteur. ou la factrice plutôt, parce que ça coûte moins cher
  avant on écrivait des poèmes. avant on était con. après on est parti à l’incinérateur, parce que ça coûte moins cher
  il y a un homme parmi nous et ce n’est sûrement pas moi – moi à la limite la corde qui le pend, le gouffre qui l’avale. à la limite, à peine plus loin
  je ne salue plus mes voisins. je crois qu’ils m’en veulent un peu. ça les met mal à l’aise. il y a des gens qui trouvent ça naturel de se sentir à l’aise
  qui se sentent bien de se sentir bien et qui peuvent vivre avec ça

  assis là sur un banc comme précédemment mentionné concerne un banc précis, très concret, géolocalisable enfin j’imagine qu’il existe encore, même si plus du même bois ça va de soi, changé depuis ce temps
  pareillement je sais de quel square je parle, à quel ciel mouillé je me réfère, quel néant momifié. je n’invente absolument rien
  je n’ai plus de raison de mentir, de travestir – bientôt non plus d’exhiber, d’évoquer: une telle nostalgie du néant que nul néant n’y survivra
  quand un poisson crève dans son bocal, le plus pitoyable des deux ce n’est évidemment pas le poisson…

  j’éprouve une tendresse particulière pour toute cette crédulité, cette fausse innocence. je voudrais embrasser tous ces gens sur la bouche mais je crains la contamination, et puis ça nous dégoûterait tous un peu
  admirable à tout égard ce que la mer fait des noyés, les roulant les délavant, les refoulant sur le rivage, puisque tout finit par remonter paraît-il
  moi j’enferme mes secrets – non parce qu’il s’agit de mes secrets, mais parce que j’ai besoin d’enfermer quelque chose pour ne pas me dissoudre tout à fait, tout à fait ni totalement

  on n’a jamais vraiment tout perdu tant qu’il nous reste un souffle de souffle, mais on chérit abondamment l’idée d’avoir tout perdu et si l’on est riche de quoi que ce soit ce ne peut être que de cette idée-là
  quand ton chien a soif tu sui donnes à boire. et quand ton chien a soif tu lui donnes quand même à boire (!). à cause de la soif d’une part, et aussi à cause du chien. au final à cause de l’eau
  tu voudrais mourir que tu n’y pourrais rien. et dieu t’entendrait qu’il ne te répondrait pas

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