des fleurs partout

  j’ai rage de chant. je veux te regarder encore
  et pas seulement dans les yeux, quand bien même tout n’existerait que par les yeux
  les yeux troués les yeux bandés, du désir de voir quand les mains figées se raccrochent désespérément à leur mât d’infortune
  au petit père les anges, le souffleur de nuages…

  je cherche un numéro de téléphone et quand je le trouve je n’appelle pas
  je cherche une adresse et quand je la trouve je ne m’y rends pas
  je donne rendez-vous à un ami et face à lui je ne parle pas
  du crottin dans les oreilles, un anneau dans le nez, dont les trous
  se sont refermés, comme se referment les trous et claquent les fins de
  non-recevoir

  ma poupée n’a plus d’bras, ma poupée a perdu
  son bandeau dans les ch’veux
  ma poupée n’a plus ses ailes, ma poupée n’a plus ses fentes
  ses rebondis, ses redondances
  ma poupée a perdu son accent japonais, ma poupée a perdu son accent prolétaire
  ma poupée n’a plus d’jambes, ma poupée n’a plus d’bouche
  je crois que ma poupée c’est moi, telle qu’elle aurait voulu que je sois

  je ne suis pas poète. dans la tombe à côté du prophète, trois jours durant c’était moi
  c’était moi donc c’était toi, que je n’osais pas encore vouvoyé
  quand je me suis jeté à la mer, la mer ne m’a pas noyé. elle m’a juste recraché, comme on retire une arête de sa bouche
  j’ai cessé d’être quoi que ce soit, grenouille au fond d’sa mare, princesse municipale
  faut dire que le sommeil a tendance, ces derniers temps
  à s’épaissir dans les branchies

 

des fleurs partout

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