ta bouche, j’embrasse ta bouche
ta bouche cousue, ta bouche motus, j’embrasse ta bouche
avec la langue dedans
je veille à fracasser, sommeil écartelé, je dois
me frayer un passage à travers ronces, bouche cousue bouche motus, les jambes nouées
vers lesquelles un os louche, des-
cend le nil en crue
la question ne concerne pas ce que je serais devenu, mais ce qu’il reste de ce que je fus ou plus exactement, ce qu’il reste en moi de ce qui fut
un stress imminent, une tourmente
une absence en urgence
flanqué d’un précaire échafaudage de tôles, le bec ébréché d’un sourire
un tas de tôles recouvrant une panique. une panique.
la mort en vivace
on se croit tout au bord alors que depuis longtemps déjà, on ne fait que tomber
à pic, à pic à colégram
on se croit tout au bord quand on est soi-même le bord, le bord-même de la chute
à laquelle on a fini par ne plus prêter foi à force de
ne pas s’écraser, de faire corps au nulle part
ou à l’ombre de soi
défricher le zéro, le dégager de tout ce qui l’encombre et tout l’encombre, jusqu’à lui retirer sa
circonférence et qu’il n’en reste rien, c’est à dire zéro pur, un peu avant minuit
on se glisse dedans, et si
on se glissait dedans, entièrement nu, disparaître entièrement nu
dans le zéro si patiemment couvé, le zéro tel
que d’en dedans il nous gobe
tout cru
au milieu j’ai la bouche, une bouche à la
fois pierre et trou, pierre jetée en pleine face et le fracas des dents
un trou en forme de pierre, qui tout avale et tout recrache, dégueule un trou
à cause de ce trou, à cause de cette pierre au milieu, je ne parle plus à personne – je bave des pierres, je bave des trous
j’en fous partout
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