broute la digue

  je voulais être profond, très profond, or je voulais être libre
  – creuser et voler
  m’ont arraché les pattes, et m’ont rogné les ailes
  j’étais content dès lors, poulet sous cellophane, homme à genoux mains sur la nuque
  amoureux éperdu
  transi là sur un banc

  il s’y prenait comment, avec quel corps, et selon quelle
  infantilité ? il
  s’y prenait autrement, le corps rétrocédant, et secouant son
  hochet –
  l’esprit par l’esprit suspecté

  je me suis mis en travers de la voie
  comme ça, de tout mon long
  et je me suis laissé
  rouler dessus. les services concernés, aussitôt prévenus
  ont bien tout nettoyé
  – la propreté avant tout

  je me suis casé une patte
  il n’y a pas d’âge, pour se casser une patte
  je suis moi-même sans âge
  le nouveau-né, le dernier-mort sont sans âge
  et même hors âge
  – que m’arrive t-il donc ?

  il n’y a que pluie de ronces, je ne sais comment l’abattre
  il annoncent un malheur, ils annoncent le malheur – moi je suis le malheur
  en toute modestie

 

broute la digue

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