de la nature au charbon, tout un wagon

  on parle peu. on parle peu bouche à l’envers, on parle peu
  et peu on parle plus on
  ne pense pas, ou alors à autre chose, que l’on garde pour soi
  pour se tenir chaud, se tenir froid, se tenir par un bout malgré tout
  et ne plus se lâcher

  j’ignore ce que je ferais d’une ville autour de moi, ou même d’un paysage
  une brouette probablement, à vider quelque part, terrain vague ou bas-côté
  il pleut
  tu me diras c’est bien fait pour ta gueule: il pleut
  et ni moi ni la pluie
  n’en voulons à personne

  j’ai fait l’amour à un vase timide, à un vase sans fleur
  on ne fait pas l’amour à qui on veut, on fait l’amour à qui se trouve là, et lutte contre le froid
  c’est instinctif, chez qui a de l’instinct
  après on va s’asseoir dans un café et on regarde sans rien voir, puisqu’il n’y a rien à voir
  on ne parle pas, puisqu’il n’y a rien à dire
  on reste dans l’odeur, le plus longtemps possible

  j’ai tué plus d’un homme dans ma vie, jamais pour le bonheur de tous
  il marche et quand il marche, on voit bien qu’il ne se rend nulle part, d’un pas décidé
  je n’ai fait de cadeau à personne pour noël, je me suis seulement trouvé vieilli
  comme quelqu’un qui n’aurait pas l’argent de retourner chez soi

  il va s’endormir. il vit au ras de l’eau.
  un homme fouille dans mes poubelles, il se prend pour un rat. il esquisse
  des dessins érotiques, des ébauches prédatrices. il doit se rendormir. il n’a plus accès
  c’est triste, de n’avoir plus accès
  c’est un homme triste, mais le rat en lui
  ne lâche rien

 

de la nature au charbon, tout un wagon

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