je vois le monde
recouvert d’une neige, d’une certaine neige je vois le monde – j’en serais les yeux si cela ne me dégoûtait pas.
il y a un virage au bout de là
il y a un virage et je sais que je vais me planter, le rater, le décor
non pas de décor. il y a un virage et je vais m’en tirer
un ciel c’est beaucoup trop large, même un ciel
hermétiquement clos. avec les dents d’devant. la langue lymphatique, prisonnière des on-dit.
on va quitter l’navire. on va quitter la mer par-dessus bord. on va tout se quitter
ne restera de nous qu’un objet, que l’objet
– on se dira goodbye
les précaires sont dans l’azur. et toute forme de survie, de déchéance absoutes – dieu couve ses couilles.
c’est pas la mort, c’est pas ce que je ferai après
la mort – je, pas un autre, un autre je m’en fous c’est une question plus que d’homme encore: de courage
le courage de mourir je n’en ai pas. le courage d’être mort pas davantage. quant à celui de vivre n’en parlons pas
je parle du courage d’être faible, et de survivre à tout
c’est à dire à la mort, d’où qu’elle vienne et quelle qu’elle soit
j’avais un homme mais un homme c’est autre chose que moi – un homme c’est déjà
quasiment une femme. je suis la femme d’un autre moi-même, celle
qu’on n’aura jamais vraiment aimée et qui s’en sera lassée, j’avais un homme
mais je n’ai désormais entre les mains que les os de l’homme
qu’il fut jadis et comme je n’y connais rien je ne sais ni d’après le bassin ni d’après la mâchoire s’il s’agit
d’un homme ou d’une femme, dont je tiens là les os
Laisser un commentaire