roman succinct

  mon sol flemmard, ultra flemmard
  j’habite un ch’veu de toi, un poil sur ta langue, l’abrégé d’une vulve
  je ne me prénomme pas, ne me prononce personne – j’attends que tu aies quelque chose à me dire
  sinon c’est pas grave
  pas grave, non c’est pas grave
  on pourrait par exemple dire qu’on s’aime, si on avait quelque chose à se dire
  on pourrait aussi ne rien se dire, si seulement on s’aimait vraiment
  pour une autre raison que celle de résister
  à de toute façon l’irrésistible
  si promptement futile

  quelqu’un m’en veut. de j’sais pas de quoi quelqu’un m’en veut
  de n’exister pour rien, de faire pipi au lit
  j’aurais du commencer
  par le commencement
  dans le cas où il y aurait eu
  un quelconque commencement
  mais la mort étant pure, j’ai du dormir dessous
  et la mort trop pure ne s’est pas allumée

  une pluie contre-battante, un volet oscillant
  il n’y a plus d’eau dans ma bouche, plus de rivière ni plus de lit épars, de lit pierreux
  j’avance à cheveux longs, de me raser le coude, le plus discret c’est de ne pas paraître
  désamorcer l’hormone
  avec une berge qui s’effondre en son milieu
  avec une ville qui crie d’assaut, et se noie dans son propre égout
  avec un paysage à peine intact, éternité sombrant dans la plus pale insignifiance
  le dos courbé
  toujours le dos courbé

  tu meurs de quelque chose, de quelque chose m’intéresse pas, tu meurs
  de quelque chose comme de mortalité, probablement
  cela étant
  or cela n’étant pas, tu meurs de l’avoir rêvé, de l’avoir simplement pensé, même quand tu n’y pensais pas
  je suis à jour de mes vaccins, présumes-tu
  ce n’est donc pas mon jour
  on en avait rêvé pourtant – ça s’appelait deux enfants dont l’un va mort
  l’un va mort l’autre en marchant

  il y a un mioche, là, une pomme pourrie d’adam
  on l’enterre comme on peut, on couvre ça de feuilles
  rallie-moi à présence, si tu peux, sinon un café noir ne sera pas d’refus
  j’abrège ma langue, c’est le clou du poème. j’habille une conscience. j’habite
  une ruine de conscience, seulement vivre
  je lui tourne le dos elle me saute à la gorge c’est toujours
  ça de pris comme on dit

 

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