je ne me nourris plus
de l’un de l’autre, ni d’eau
je ne me nourris plus de faim, de la moelle de mes os, je ne mange pas non plus
de pain. du christ de ce pain. d’un vague quignon, de queues d’cerises
je crois j’avale de l’air, rien que de l’air, même pas du vent
si je tourne à gauche, à gauche y aura du vent
si je tourne à gauche une fois encore à gauche je ne m’y trouverai pas, ne laissant rien de moi
traîner, par pure méchanceté
il n’est pourtant pas méchant, le malin qui s’faufile, le regard titubant, et confondant son ombre
à l’ombre du dossier
de chaise
sous le silence conformément, je guette
je guette ou j’attends
à tour de rôle, j’attends
je recule mon fou, je touche la tête de mon cheval
au grand galop, ma tour
je guette du haut. j’attends, dedans
il pleut sur mes lunettes
il ne se passe pas un jour sans. c’est pour cela
que je rôde la nuit, j’enfile
ma nudité, si frêle, si lourde nudité, et déchirée sur le côté
si frêle et si lourde qu’on ne sait plus la baptiser, la recadrer. pour ainsi dire j’attache une corde
à un clou.
et déchirée sur le côté
j’entrevois une femme. une femme la
bouche à peine ouverte, juste de quoi laisser passer
un filet d’air, un rot, une discrète déception
je ne suis pas loyal, je devrais lui
tendre la main, serrer la main, lui dire bonjour, comment ça va tout en
pensant à autre chose, à autre fois

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