je n’attends de l’existence qu’une tacite émotion poétique, au fil de l’heure qui passe et se découvre
dans le sentiment tout à la fois mielleux et nauséeux de la tristesse, gris flottement ou léger pincement
de l’heure qui passe, ou se découvre
je ne sais pas si mon destin me suit, ou si je l’ai par inadvertance perdu en route, semé déluge…
seul est un mot qui subconsciemment m’échappe, une obscénité entrevue sous les traits renfrognés d’un homme qui vieillit, naufrage sur pattes, et vieillit tel qu’il a vécu, c’est à dire plutôt mal
il en arrive à se demander s’il a encore le droit, voire l’indécence d’espérer quoi que ce soit. pourquoi faut-il n’aimer ce monde qu’au moment-même où il se retire, et ne nous semble t-il attachant que lorsque l’on se voit contraint, après quelque sommation d’usage, de s’en détacher ?
je ne sais pas vivre dans le temps, dont je n’éprouve nulle consistance, et qui ne m’est révélé qu’à travers l’expérience du manque – d’objet, de contenu, d’un minimum de densité que l’on prendrait pour la réalité. un tel écart entre moi et tout ce qui ne l’est pas me fait vivre comme au bord, sur la brèche, souffle coupé. pire : je ne suis moi qu’en cette distance vidant l’être de toute substance. j’embrasse le vide, je serre contre moi mon ombre frêle, mon ombre épaisse, mon épaisseur fébrile. cela rappelle mourir et c’est ainsi que je n’ai jamais vraiment cessé de mourir, que mourir constituait l’unique preuve de vie que je pouvais m’apporter
il faut bien regarder quelque chose, et regarder me fait mal. il faut bien regarder quelque chose pour en réveiller la beauté, funèbre hommage, et me dénie cette beauté me faisant fatalement défaut
j’ai beau scruter je ne discerne rien, comme si mon regard n’attachait pas, et ne se découvrait pour tout reflet, pour tout écho, tristement que le vide de soi
sans doute y a t-il un dieu, caché, une forêt tapie dans l’ombre de cet arbre qui n’en finit pas de pencher, pencher, et tant se penche…

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