le reste du temps, j’m’achète une corde

  je n’mange pas. je n’mange pas parce que tu ne me donnes pas à manger. non – je n’mange pas parce qu’il n’y a rien à manger. je me rue sur les miettes. les miettes il n’y a que ça les miettes, des poussières de festin
  comme on fait grève, je n’mange pas

  je n’ai pas caressé la femme de Du Fu. en général, je ne caresse pas les femmes des poètes, qui plus est morts. les femmes mortes, des poètes morts, non je ne les caresse pas
  leurs os me restent en travers de la gorge

  je suis la mi-temps d’une éternité, l’intermède entre deux cuisses. ou deux fesses. le hamac où se balance un mort. je lui ai dit tu me manqueras quand je serai mort. non, je ne le lui ai pas dit
  je roulais sous ma langue un silence de plomb

  je n’bois pas. ou seulement comme un trou. un trou absorbe les flaques, le ciel à travers elles. les arbres, les immeubles. un trou recrache les images du monde. il en aspire les larmes, et recrache les images
  c’est un trou comme il faut

  je n’baise pas. la dernière fois que j’ai baisé j’avais comme l’impression d’être au piquet. en cale basse. je n’baise pas à cause des trous, qui s’enveniment. ou des trous vénéneux, des trous véreux
  je n’baise pas, par désœuvrement

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