temps du partage

  mon chien s’est mordu la langue, mon chien s’est mordu la dent, alors mon chien s’est mordu l’anus
  il est mort ce matin
  le vent lui servira de tombe
  comme il sert de tombe à tout un chacun
  avec les mouches

  mais revient le temps du partage
  du partage du pain dur
  tant dur était le pain, d’un christ non ressuscité, d’un christ rassis, d’un christ qui ne nous aurait
  pas laissés tomber, la douleur jusqu’à ce qu’elle sourie et se nomme pitié
  si la pomme pourrit c’est que son cœur est mort, c’est que son cœur
  a cessé de saigner

  tu fais ce que tu veux avec la mie de pain mais je reste moi le héros d’un jour encore non advenu
  en attendant j’arpente la grève, à m’en faire saigner la plante des pieds
  on ne mourra pas sans se dire au revoir – mieux : on ne mourra pas
  sans s’être vraiment retrouvés
  à jamais retrouvés

  il me faut digérer toute la mort non pour mériter, mais pour supporter tant de beauté – la beauté ne se livrant qu’au néant, comme la grâce relève d’une chute
  mais justement je me suis pissé partout, la mort n’arrivant pas à tout nettoyer je suis tombé dessus
  je n’étais qu’un enfant

 

temps du partage

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