et moi aussi, je vais sans ville

  les hommes ne pleurent que sur leur épaule gauche, pensant ainsi se préserver un lieu au sec
  mourir c’est ne plus avoir de retour, et devoir avancer quand rien n’avance plus
  la pluie tombe sur un monde ancien, ancien
  et ne le régénère pas

  n’bouge pas, embrasse ton fer
  sur les deux lèvres
  si tu te lèves il est alors trop tard, si tu t’affales
  rappelle-moi déjà quelle chance une âme de croiser son reflet
  hors de son propre néant ?

  je sais plus qui m’a dit, je sais plus quoi m’a dit. je m’suis dit jacadi
  venir de loin, rater de peu, si loin si peu, c’est quoi la bonne réponse
  les dés se sont jetés dans ma main comme on saute à la gorge d’un homme
  dont on n’espère plus rien

  t’as de l’eau sur le fer. tu ne penses pas
  ou tu penses qu’il ne sert à rien d’y aller, puisque de toute façon arriver
  n’existe pas. le temps le terme, mais rien n’y met
  qu’un chien finisse par rattraper sa queue et la déchire rageusement n’en fera pas pour autant
  un chien à part entière, dimanches inclus,
  et terre des bêtes…

  vivre ne s’apprivoise pas. ou bien on appelle ça la crève
  la dernière fois que le monde ressembla à quelque chose, les arbres regardaient ailleurs
  sur les marchés se vendent à prix bradés des dents, des queues de chien
  c’est pas les miens

  j’aurais pu dire à quelqu’un que je l’aimais, ça nous aurait fait gagner du temps
  l’aurait d’abord fallu qu’il s’arrête là au bon endroit, au bon moment – ce lieu sûr et cette heure fixe en face de moi fatalement inaccessibles
  tout comme inaccessible l’objet-même de ma pensée, l’absence de toute mon attention…

 

et moi aussi, je vais sans ville

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