oh mon amour, oh ma carte de séjour

  tu me préviendras le jour où tu tourneras à gauche
  les ronds-points gares factices – on tourne on tourne, on tourne en rond, à la fin croise les doigts
  de pied. de fer. d’inespérance…

  les amours vivent debout, le regard froid, le regard vitriol
  les amours mangent le foin entre les pattes d’ânes gris, de chevaux mélancoliques
  moi d’abord je penche sans raison, qui menaçais à reculons
  et depuis lors que dire, j’ai branlé fort ma honte…

  mes survivances, mes petites survivances
  on se fout une baffe et le temps de cracher sa dent on a déjà tout avouer
  les jambes vont par deux, on n’arrive pas à les décoller l’une de l’autre
  du coup j’sais pas si ça va jamais l’faire, jusqu’à saint jacques…

  mes fragments sont en sang, bon, on les ramassera de l’autre côté
  on en fera de grosses guirlandes au col de nos couleuvres
  on se pendra avec des fils d’araignée aux poutres de nos yeux
  leurs filles, à force de ne pas les toucher, à force de les avoir trop touchées, on aura tout
  ratiboisé la plaine…

  tu pleures mais quand tu pleures tu n’appelles pas
  et heureusement, dans un certain sens
  quand plus personne ne pleure le désert doit être complet, un doigt dans l’cul un œuf dans l’bec
  conçois la douleur : avoir été heureux, comme si le bonheur aurait pu suffire
  à quoi que ce fut, alors qu’il aurait simplement fallu
  crever l’écran

  mourir est un âne. un âne : un chien qui a d’l’allure
  la moitié de moi fait un crétin fini. l’autre s’enivre à la tombée du jour
  rien dans les mains, tout dans les paumes – embrasse-moi
  je ne veux pas savoir où je vais, embrasse-moi profond

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