la mer à grande eau

  je ne me parle plus, ou si peu
  ou si mal
  et donc en bout de moi je ne te parle plus, comme on se touche le sexe en pensant à autre chose
  ou en ne pensant à rien
  inamoureusement

  un ciel a baissé les bras, ça l’a sans doute soulagé
  je parle à mon mickey, mon mickey me dit, retourne t’en d’où tu viens
  je regarde alentour, incrédule. je me demande si je ne dois pas faire de stocks
  de bois, de cornichons, d’alcool de PQ
  de chaussettes en attendant
  de douleurs raisonnables

  je suis un homme sur son bateau, un homme sur l’eau et cependant
  cependant je ne vois d’eau nulle part, à perpétuité, ni de bateau
  conséquemment je coule à pic. je suis un homme qui coule à pic, à pic et en suspens
  un homme qui coule en suspens

  j’abrite un arbre
  tu me diras j’ai pas les branches pour ça, ni le feuillage
  tu me diras j’ai pas les bras pour ça, tout repliés sur soi, recroquevillés
  sur moi
  cet arbre sensé m’abriter en fait pousse à l’intérieur de moi et me transperce de part en part, me crucifie, m’écartèle par en dedans
  m’expulse de mon intérieur
  le vilain t-arbre

  mon poing dans la figure du miroir, lequel d’entre eux saigna le plus
  je décrypte avec appréhension les données de ma mortalité infantile. j’y vois de beaux jouets, des formules maléfiques
  je vais plonger, je vais plonger dorénavant, dans le froid absolu de moi-même

  j’embrasse
  tes pieds avec circonspection, j’embrasse
  j’embrasse le large…

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