maison d’abord

  l’homme est la maison de l’homme, du coup ça jette un froid
  c’est un d’ces jours hélas, on se sent plexiglass
  ta mère s’endort dans mes bras, ton père s’endort dans mes bras, et même ton petit chien
  s’endort dans mes bras. je délivre les corps de leur âme, ça les allège un peu

  j’ai une histoire à te raconter, même si ça ne semble pas a priori
  une histoire très intéressante, et que par ailleurs tu n’as strictement
  rien à foutre de mes histoires. mais cette histoire indifférente, bien qu’insuffisante
  raconte notre insuffisance, souligne notre indifférence – qui pourrait dire à quel point
  elle tourne mal, ou finit bien

  j’aère. vu que je n’ai pas grand chose à faire, j’aère
  l’homme étant la masure de l’homme, j’aère, ça limite les moisissures
  un coup tu me regardes comme ci, un coup tu me regardes comme ça, et toujours de travers, pourtant
  des bulles on en fait tous les jours, tous les jours elles éclatent – l’homme est certainement
  la débâcle de l’homme, ou même de quelqu’un d’autre

  on ne fait plus de projet : on ne creuse pas le temps, et ça fait moins de déchets
  on pleure toutes les dix secondes – il suffit de compter jusqu’à dix, ce qu’on apprit
  avant même de rentrer en CP, et en anglais s’il vous plaît, avec la voisine
  que draguait mon frère à l’époque, et qui s’est suicidée par la suite
  parce que mon frère il en aimait une autre

 

maison d'abord

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