parles-en à la forêt

  tremble veuf, tremble comme la maison qui tremble, la maison veuve
  une maison dans les marais
  une maison dans les maisons
  une maison partout
  et moi je lèvre avec ta lèvre. et moi je lèvre de toute lèvre avec toi, de toute bouche
  en toute maison je couche

  quelqu’un en moi n’est plus l’homme qu’il prétend, ni celui qui s’y pend
  quelqu’un en moi se regarde dans ses verres et n’y reconnaît pas ses propres yeux
  si je dis que je pisse partout ce n’est qu’auprès d’un arbre, et cet arbre bouge partout
  il ne te retrouve pas

  je fais naufrage
  à gauche comme à droite, devant comme derrière, je fais naufrage
  et même tout au fond, je fais naufrage
  sur la terre comme au ciel, je fais naufrage
  et vogue mon naufrage…

  tu viens tu t’approches et tu poses tes paumes sur les paumes de mes mains
  je n’ai pas vécu jusqu’ici pour vivre jusqu’ici, tu abolis donc l’absence de toute raison et de toute justification à ma maigre existence
  tu m’adjures par ce geste : sois là maintenant, meurs avec moi
  c’est vrai c’est tellement simple de mourir quand on sait où mourir, quand on situe exactement le lieu à partir duquel commence l’éternité

  un cerf s’est cassé une patte
  il est à terre, il ne peut plus se relever
  quelqu’un sursaute, tourne la tête dans sa direction mais sans l’apercevoir
  je ne pense pas qu’un cerf ait grand chance de survivre à une patte cassée
  parles-en à la forêt

 

parles-en à la forêt

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