porte close des lilas

  tu t’abrites derrière un arbre et c’est justement cet arbre qui est mort
  il s’agit d’une ville, il s’agit des rues de cette ville, et de ses souterrains
  tu t’abrites sous un parapluie et c’est justement sous ce
  parapluie-là qu’il pleut

  un homme a mille morts à son actif, qu’il fabrique dans son ventre, ovaires branlants
  il ne se souvient cependant que de rares prénoms, de quelques prénoms c’est tout
  il faut mourir pour être plus fort encore, être plus mort encore

  de la chair à charpie, de l’âme à la débâcle – j’ai le corps d’une chute
  d’une étrange défection
  si je sors mon parapluie, c’est que la pluie se rend commune
  or sans parapluie vont les noyés

  il ne me ressemble à rien. il endosse sa peau d’âne. sous dedans se rabote une vie
  le lieu précis, l’heure exacte où le sol s’ouvrit, cédant le passage au néant, inaugurèrent la perpétuité, l’ubiquité d’un nulle part fait homme
  je ne suis jamais sorti de ma tombe
  je rescelle la plaque, si tombale entre toutes…

  brute elle ne respire
  pas
  pas ou plus rien ne l’indique
  rien ne sonde en moi la profondeur de ce vide là
  j’ouvre la bouche en priant qu’un poisson par inadvertance s’y engouffre
  – qui de moi prendra la peine de me tuer ?

 

porte close des lilas

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