triste, pas triste, s’en aller mors au vent

  maison neutre, porte qui claque sans un bruit. demain réitère l’opération, dans la crédulité qu’un jour ça marche enfin, qu’on rouvre les fenêtres
  au silence radieux, au square des batignoles, ou de la rue de lagny
  tout ça pour ça, me rabroues-tu…

  vieille naine, femme en jachère. faut bien que je te lèse dis donc, faut bien que je t’ennuie un peu
  je m’adosse au brouillard. parfois je reste là, enceinte de quelque chose, enceinte d’un marais, d’un espoir trisomique
  je tends la main et j’en retire une algue – et ben quoi, tu croyais tout de même pas repêcher toute la mer !

  j’apporte ma langue, j’apporte mes orteils – j’apporte entre les deux tout l’inconfort de vivre
  j’apprends mon nom sur toutes les télés, j’apprends mon nom de toute contre-vérité. je me laisse traire la chèvre aussi, de temps en temps
  maudit le bon côté. des choses

  on ne se rend compte de rien. ou du moins du fait qu’on ne soit pas vraiment né. on en parle avec les mains
  non pas faute de voix, non pas faute de langue, on parle avec les mains pour dévier du refrain
  et puis avec le trop de pommes, on fait de la compote

  je me suis rassis et je t’ai attendue. entre le banc et moi les fesses faisaient office parfois d’amortisseurs, de bouée ou encore de tremplin
  je ne t’ai pas entendue arriver, ainsi ne suis pas sûr que tu sois jamais venue – ça reste un lac mou au fond du ventre, un sol très incertain
  je me suis rassis là, bancal tabouret, me repassant en boucle l’écho rance de nos pas perdus
  à arpenter les brèches

 

triste, pas triste, s'en aller mors au vent

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