il y a des trous là, des trous dans l’avenir

  ils sont quelconque, tellement quelconque, sans même l’art d’être quiconque
  un dieu me bande les yeux, un diable me rend la vue
  parle à ma bouche. ou mieux, si tu jamais trouves la langue pour cela, parle dans ma bouche

  une fille seule, une fille aimée de son seul doudou
  j’échange ma rage contre une simple robe
  le temps oublie tout, qui oublie tout pour toujours recommencer le même oubli, la même tare
  j’échange ma tare contre un simple doudou

  être mort ne m’intéresse pas, seul mourir en vaut la chandelle
  je rase les murs, les aisselles. il faut penser à emporter de quoi manger
  on essaiera de ne pas trop faire le dégoûté, si ce n’est par empathie du moins
  par politesse…

  je ne sais pas le besoin le plus pressant, entre me protéger ou respirer, mon assiette pleine d’arêtes
  un train de nuit nous a fait passer la frontière, c’est toujours au petit jour que l’on perd pied
  il est devenu si naturel de ne se retrouver nulle part

  j’ai démoli ma maison, coup de pioche à coup de pioche, je n’ai rien laissé debout
  mon sexe rédige son testament
  si froide soit-elle, il nous faut traverser la rivière

 

il y a des trous là, des trous dans l'avenir

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