mordre avec les dents, grogner avec la voix – on fait comme on peut, on fait avec c’qu’on a
que sont lointains les proches, et puis se retrouver assis à côté d’un vieux croulant sous le poids de son inanité
j’ai peur de n’importe qui, à propos de n’importe quoi – et cela me rend invincible
je porte le poids de mes os sur mes épaules. pour une issue à l’âme j’espère qu’il existe un tire-fesse
je vis dans une vieille maison, une maison où probablement décédèrent un certain nombre de personnes
je n’aime pas les trous. je ne creuse pas de trous. les trous prennent la pluie
mais ne savent la recracher
il y a des journées comme ça où l’on préfère se retourner sur le ventre
peut-être sommes-nous chacun à notre manière les sushimis du premier homme
une vision rétrospective du dernier homme
en tout cas l’idée d’un être, mal calfeutré
je n’ai plus l’âge d’avoir une famille. mon chat ne me reconnaîtrait pas dans la rue
je ventre à tous les coups
je rentre aussi de moins en moins souvent, alors même que je ne sors plus du tout
j’attrape au vol un ruban rouge – je passe le temps à attendre qu’il tourne au blanc
sans doute n’attends-tu rien de moi, comme moi je n’attends rien de rien, si propice au miracle
au miracle je préférerai toujours le destin, qui lui intègre la mort, et ne varie pas d’une ombre
à quoi bon rester là accroché à l’échelle, quand l’échelle soudain se met à voler?
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