il y a des morts. il y a des morts partout
on finirait par s’y habituer si seulement nous étions en capacité de
nous habituer à quoi que ce soit
il y a des morts partout, et jusque dans ma bouche, et jusque dans ma couche
on s’étouffe d’une arête, d’une touffe de poils broutée je ne sais où…
mon chien agonise de la syphilis, on garde peu d’espoir
j’essaie autant que faire se peut de chausser mes propres traces, avant qu’elles ne fondent
j’espère conserver suffisamment de légèreté en moi pour m’évaporer, dès que la colle cessera de faire effet
qui me rattache à moi-même ou à quelconque sol
une fois les insectes décimés, il faudra tâcher de combler nos désirs, ou plutôt de satisfaire à nos pulsions de la manière la plus brute, la plus directe et la plus automatique possible
il n’y a de politique ou de stratégie que de séduction, les miroirs brisés abattent nos coquetteries de comptoir
au comble de notre vulnérabilité, sans pitié mis à nu, si dépourvus que le néant même ne saurait nous rassasier, nous abdiquons
nous abdiquons la mort, la faim, le terme ultime tout autant que le bonheur présent, simple présage
les souvenirs m’ont inventé, j’ai du essuyer les draps, voulu recoudre une plaie indélébile à la surface de l’océan
puisque c’est ainsi qu’on le nomme, ainsi qu’on s’y soumet, nous délestant de toute grandeur intérieure, de toute dignité
comme quand tout notre plaisir dépend exclusivement du plaisir que l’on procure à l’autre, joli dégât des eaux
– l’autre, dont l’unique fonction consiste à ne pas être moi…
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