radeau céleste l’acédie

  passe l’éponge sur tout le corps, et finis par les pieds
  d’abord le pied droit, le gauche ensuite
  essuie enfin les pieds avec la serviette prévue à cet effet et à portée de main sur le dossier de la chaise. essuie moi donc
  d’abord le pied droit, le gauche ensuite. et tout c’qui fuit

  venir depuis très longtemps lui dire. venir depuis très longtemps me dire. on se dit on, on se dit tu, on se touche les bouts de chacun quelque chose
  c’est avec ça qu’on vit, débordant légèrement du passé sur le présent, du présent sur l’absence, de l’absence sur autre chose qui ne dit pas son nom

  l’étranger s’est assis à ma droite. c’est chaque fois la même chose. et dans le même ordre. l’ordre qui stabilise un tant soit peu le néant, évitant par là un basculement, voire carrément une chute, laquelle lui serait fatale
  ainsi donc l’étranger s’est assis à ma droite. et nous avons roulé longtemps comme ça, la nuit durant, sans dire un mot

  sur chaque jour la mort s’acharne. quelque chose résiste et scintille dans la gueule du loup, ou perce dans la nuit
  les yeux du loup peut-être, d’un désir pernicieux. d’une irrépressible concupiscence. d’une fièvre vénérienne
  quoi qu’il en soit sur chaque jour la mort s’acharne. elle ne s’arrêtera donc jamais
  donc jamais

  du jus pour les enfants. les grands on les trouera de mémoire, on leur fera bouffer leurs tripes. mais les enfants non : pour les enfants, ça sera du jus à volonté
  eux qui ne reconnaissent ni la mort ni son prix



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