le dieu qui sans mission

  je creuse ma tombe dans l’air du temps – où regarder ailleurs que vers le ciel ?
  mais je voudrais parler d’autre chose, surtout depuis qu’il ne pleut plus. surtout depuis qu’il ne pleuvra plus, ou alors seulement pour engloutir
  engloutir, noyer, planer. sauter à cloche-pied, avaler tout un tube, décoller. voir insérer son nom dans les listes rouges, dans les listes noires
  je veux retrouver l’espace en moi de la possibilité de dieu, ainsi que de la négation de cette possibilité. je veux retrouver l’espace en moi de la possibilité de l’espace, qui m’enfanterait tout autant qu’il me renierait
  rien que de l’espace, de l’air – du cerf-volant nature

  c’est de la conscience dont j’ai soif, bonne ou mauvaise. de ciel dans la tête, couvert ou dégagé. mais comment faire sans les mères, bonnes comme mauvaises ?
  sans les pères, bon, on a tous appris ça, mais comment faire sans les mères, ces sangsues ?
  et comment ne pas devenir sangsue soi-même, outre avoir recours à une certaine forme de suicide ?
  et si l’on ne mourait au bout du compte que pour pouvoir s’échapper – échapper à tout, à soi, à la mort-même ?

  la poésie à la fin, on s’en fout radicalement. à la fin radicalement, on se fout de tout. mais quand on se fout de tout, de quoi finalement ne se fout-on pas ?
  c’est exactement là qu’émerge la poésie. quand ne reste plus rien, plus l’ombre même d’un dieu, surgit la poésie
  dieu certes est nécessaire, et c’est de sa propre nécessité qu’il succombe. puisque ne demeure que ce qui n’est là pour rien, délivré de toute nécessité comme de toute superfluité
  cette sensation ne distinguant plus l’être du non-être, l’impossibilité tant d’être soi que d’être deux, d’être deux tant que d’être tout : la poésie en quelque sorte, la gloire d’une absolue déréliction

  le beau est ce qui apparaît quand on ouvre les yeux pour la première fois. on ne meurt que pour cette raison-là : ouvrir les yeux pour la première fois, que la beauté nous subjugue
  la beauté nous avoue qu’il n’y a d’autre valeur à vivre que celle de vivre
  avec le chant des loups au loin, quoique de moins en moins loin, et le champ des orties aux pieds, ainsi que des pissenlits

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