mourir d’aplomb

  d’la pluie entre les dents, et elle veut pas partir
  j’incarne chaque fois la pensée d’un nouveau-né, les morts se mangent entre eux
  soulage-moi de la guerre – je sais pas moi, un massage aux épaules ou quoi
  soulage-moi de moi-même

  la bête elle s’en défend, la bête – elle mord à même le fer
  on ne m’embrassera jamais assez, on me crach’ra d’sus tant qu’il faudra. la mort ressource universelle
  les gens abritent un arbre sous le bras. on aime au fur et à mesure que l’on coule

  la tête la première. un joli champ de blé
  ou d’orge
  ou d’avoine
  je crois que c’est la fin du mon car seule la fin du monde peut me sauver, me sortir de ce merdier, pensent-ils
  au-dessus de nos têtes pend le panier. c’est fait exprès pour ça

  il ne restera rien
  pas même ce silence essoufflé, que plus rien ne sous-tend
  je te caresse la joue tu m’empoignes la queue – qu’a t-on donc de commun, toi et moi ?
  à défaut de vivre j’ai acheté un paquet de biscuits
  friable consolation…

  un homme est mort mais la tête à l’envers. la tête à l’envers
  du coup j’ai les pieds dans la gloire. du coup les pieds à fleur de terre, à fleur de tombe
  à quel point dois-je maigrir pour que tu aies enfin pitié de moi, c’est à dire être aussi nue que moi ?
  un jour peut-être on s’embrassera, là ou sur la bouche

  je ne sais pas quand j’avais joli, j’ai plus le temps pour ça
  j’ai plus longtemps pour rien, petit crachât de mépris aguerri
  les heures oisives, tellement oisives même qu’arrivées à expiration, elles récidivent
  et alors là tu fumes la lune…

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