toucher du doigt les fines dentelles

   j’adore me déplacer dans le noir, comme un poisson dans l’noir
  et je garde la nostalgie de je n’sais quoi – peut-être d’un corps, peut-être d’une odeur, d’un bouleversement total
  je me déplace dans le noir comme si les barreaux de la cage avaient enfin sauté. le noir est peu sociable
  je garde la nostalgie d’un amour infini, que le réel a cessé de concerner

  mon petit doigt m’a dit, je suis le chef d’un orchestre sans voix, sans instrument, je me sens mal dès lors que je me sens
  d’où vient donc cette jubilation, cette vitalité, ce fond sabordant toute surface et qui fait que mourir finit toujours par balle à blanc, et que petit poucet finit toujours par jouir dans la gueule du loup
  d’ailleurs il s’agit d’un loup blanc, dont en échange on gratte l’échine ou l’encolure

  je décortique le temps et et découvre au-dedans l’absence de commencement, l’absence de fin
  je caresse une à une les vertèbres de l’enchaînement, il faudrait t’aimer plus, dans un sens ou dans l’autre
  à force de ne rien dire, une vérité finira bien par résonner

  il y a une façon d’être sur terre sans appartenir à la terre, sans même toucher sol, et de partager ce qui ne nous appartient pas, ou d’habiter un lieu qui définitivement nous fait défaut
  le trou en soi n’en finit pas de grandir, de s’élargir. et plus je te regarde plus le trou se creuse en moi – le miroir est un grand fossoyeur
  je n’espère pas trouver quelconque réponse, mais un corps réel, c’est à dire franchement dévoué

  une bulle. elle s’envole la bulle, ça va de soi, elle éclate. une bulle retombe, évidemment, comme on lèche les pieds d’un mort
  je ne suis plus pardonnable. je ne suis plus pardonnant non plus. rien ne me justifie
  je crois que je n’aurais dorénavant plus honte de mourir

 

toucher du doigt les fines dentelles

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