bon, on s’arrête là. on ne vit pas ailleurs. on ne vit pas entre commodes et tiroirs. nos dames sont de triste compagnie
quelque chose bégaie. ma langue peut-être, qui fourche, butte ou bredouille. j’espérais que quelqu’un m’attende. j’espérais que quelqu’un vienne me chercher. j’ai regardé la route
mon regard était la route
j’ai toujours l’air d’un cheminot, même sans casquette
d’ailleurs les cheminots ne portent plus de casquette depuis belle lurette. d’ailleurs les cheminots sont morts – ils ont tous péri lors du dernier périssement
d’ailleurs les rails à vide, qui ne frémissent plus, hurlant d’un silence qu’ils ne supportent plus
ils font de petites bulles. il y a des lieux où l’on ne se rend qu’à pied, sautillant de caillou en caillou
on a délaissé le charbon. on a délaissé le pollen. chaque nuit on éjacule dans un mouchoir de jade
on est presque triste. pour être vraiment triste en fait ne nous manquerait qu’une ride, qu’une larme
que des doigts de carton grattant nos couilles de carton
on s’en prend un. on s’en prend deux, le temps est long. on fait la bise à jésus sur la croix, comme s’il n’avait que ça à faire, qu’une autre joue à tendre
je m’emmêle les pédales. tellement qu’à la fin c’est moi qui sur mon dos porte le vélo, étrange croix
croix à roulettes
quelqu’un m’a mis au pas. il n’a pas eu besoin de dire hop, allez on marche au pas – mais juste de dire shut, allez maintenant shut, on couve la voix
je n’ai jamais appris mon nom par chœur, du coup je ne réponds qu’une fois sur trois
une fois sur trois j’oublie. une autre fois sur trois je confonds. reste la possibilité d’attraper froid
mais vraiment froid

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