être personne, aller nulle part

  j’ai été là
  quelque part ou ailleurs j’ai été là, témoin de soi
  rien qu’un méchant panneau devant la mare obscure, d’une laconique prévention
  : « baignade interdite »…

  il y a des restes d’os
  entre les dents que veux-tu que j’te dise il y a des restes d’os
  sous les bras. je n’y peux rien
  je m’emmure enfin

  je n’suis pas moi si près de moi que j’en meurs à vau-l’eau
  à vau-l’eau comme je te tords, à vau-l’eau comme je te mords
  un coing dans l’agonie

  éternelle dit-elle, pas immortelle
  d’où ce grain de beauté à l’épaule gauche de la méduse
  d’où cet air total déconnecté qu’on prend en descendant du train ou en sortant du bain
  l’abîme en neuf dimensions, dit autrement…

  recevoir un miroir en retour
  un peu comme l’image d’une gifle avant qu’elle n’atteigne sa cible
  … il faut manger
  on ne sait pas pourquoi, il faut manger
  quitte à manger son âne quitte à
  le manger cru

  quand il pleut, je sors mon parapluie
  j’ouvre mon parapluie, j’attends
  j’attends que la pluie cesse pour fermer mon parapluie
  éventuellement rentrer mon parapluie
  restent les flaques…

  jambes nues, à quoi sert d’aller nues, nues de ronces et de fourbes orties
  et qui à mon oreille susurre cette malédiction :
  qui n’est pas mort sept fois
  n’a pas ouvert encore un œil…

 

être personne, aller nulle part

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