un jour, à la maison

  il y avait un enfant et au-dessus de cet enfant une cascade de fusils, dont certains le pointaient à bout portant
  j’ai beau regarder par où la pluie il n’y a rien dehors, dehors ne respire plus, les chemins ont renoué leurs lacets jusqu’à étouffement complet
  je me suis donc assis et contenté de contempler un bout de rien, lequel remuait encore un peu

  à force d’abstraction, on tombe en couches
  les ombres font des animaux sur le mur et le mur lui-même finit par devenir un genre d’animal, ou du moins par recourir à l’animal en soi
  en moi nul ne boit
  en moi se dessèchent les animaux, dont ne me reviennent que les os
  la source reste pure, soit, où l’on ne trempe un pied !

  je rentre à la maison et me retrouve chaque fois dans la maison d’un autre, maison où l’on se sent voleur dès qu’on ouvre le buffet et qu’on se ressert un verre
  je te dis touche mon ventre et tu me touches le ventre. je ne sais pas à quoi je m’attendais mais cela n’a pas lieu
  quelque chose n’advient pas
  je rentre à la maison

  les gens s’habillent en bleu. de tout temps les gens s’habillent en bleu. il ne reste plus d’espace où se déshabiller
  plus d’espace où s’élancer jambes nues, cuisses nues, sexe nu – ne parlons pas du ventre…
  j’ai obtenu un congé maternité, moi qui ne suis mère que d’un veuf absolu

  la sincérité implique une identité ferme, c’est à dire le mensonge originel. être sincère exige de garder fermés les yeux sur l’imposture première. des fois les doigts m’en collent
  un jour à la maison, il n’y avait plus de pain. on a envoyé mon frère chercher du pain et mon frère ne revint pas. on a envoyé ma sœur chercher du pain et ma sœur ne revint pas. et ainsi de suite. quand il ne resta personne et que ce fut à mon tour d’aller chercher du pain, je pensai que je me passerais de pain tout aussi bien, et restai là, tout haletant

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