on a survécu certes, mais ça n’a pas suffi, alors on a survécu
de bouts de carton en peaux de saucissons, nous abandonnant sans illusion au plus petit écart
à se regarder courir derrière soi, on a manqué se rattraper
c’est comme un toit et comme un toit percé, un ballon dégonflé
voici venu le temps des noyaux de cerises, le temps de la bouche sur la bouche et de la langue dans la bouche
le temps lourd des fossiles
un homme ça ne meurt qu’une fois sur mille, un homme
j’habite quelque part entre chez moi et nulle part, je mange sur le pouce
une crotte de mon propre sang, un trou dont on perce le vide, comme ça, sans effusion…
sortir des troubles, des chaînes puissantes, de la maladie des morts
ou encore faire un tour dans la forêt sans arbres
une pluie quand il pleut – qu’importe la façon dont on meurt…
les os sont de lumière. ça ne pourrit pas, la lumière. ça ne couve pas de secret
quelle que soit la taille de la couverture que l’on tire à soi, les pieds restent en-dehors, tâtent le vide
d’ailleurs on dit du vide, et pas le vide. c’est ainsi qu’on s’appelle à souper, négligeant les fondamentaux
je le vivrai sans émotion, et comme absent de ma douleur
aucun signe de croix ne viendra ébranler ma poitrine endeuillée
dans la débâcle on voit le mystère enlever sa culotte, les paysages impassiblement gangrener l’espace
jusqu’à l’os et au-delà

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