luciole en ces contrées

  on passe
  d’un continent à l’autre et l’on ne ressemble à rien
  à l’autre et l’on ne ressent rien, on passe
  d’un je ne sais quoi à un je ne sais pourquoi, d’une vie latérale
  à pas grand chose de plus, on passe
  on passe et c’est à peine
  si on passe…

  quelque chose de vide ou alors je
  n’existe pas, tout simplement je
  n’existe pas
  on lui attache une clochette au cou pour ne pas le perdre
  on lui attache une clochette au cou pour l’arracher à son propre silence
  ou à pire encore, et de certainement moins propre
  d’ailleurs il se réveille
  le voici qui se réveille
  il se réveille de soi ou d’encore moins que soi on ne sait pas
  l’histoire ne nous le dit pas
  l’histoire ne nous dit rien

  ce que chacun peut voir
  ce que chacun peut constater, même en fuyant la mer
  les ponts couchés, les amours désaffectées
  ce que chacun n’emmène pas
  ce que chacun n’emmène pas, quand il rentre se coucher
  les ponts brûlés, les amours dissidentes
  un sens ne fait pas la différence

  s’écoulent les jours
  ou plutôt rampent les jours, se traînent dans les ronces ou le gravier
  la musique s’est tue – on n’entend plus que les injures du ciel à notre encontre
  quelque chose s’est tordu
  disons qu’à un moment donné, quelque chose s’est tordu et nous a tordu aussi
  nous a remis sur un chemin tordu

  c’est en ne se voyant pas soi-même que l’œil se rend capable de voir
  que s’agitent les ombres et que les cils
  tombant un à un finalement
  se délite le paysage…

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