miroir aux oubliettes

  il n’y a plus d’habitants à ma porte. les habitants ont fui la guerre
  du coup la guerre elle aussi a déserté les lieux
  puis-je en déduire pour autant que me voilà tranquille ? non, ne me voilà pas tranquille
  : quelque chose hante les rues de cette ville, quelque chose rôde sans laisser de trace
  peut-être ne s’agit-il que de moi, ou peut-être attend-il que je parte à mon tour
  pour occuper la place

  quand ne restera plus personne pour lire ce message, alors le message prendra t-il tout son sens, et le sens son essor
  les oreilles du néant en frémissent à l’avance – j’ai même mis des photos, pour montrer qu’il est réellement question de quelqu’un, quelque part, et pas seulement d’une fable
  mais même une fable, il faut bien quelqu’un pour la rapporter, d’aussi proche ou d’aussi loin que ce soit

  d’aucuns prétendent que les morts sont dessous – je pense qu’ils entendent par là que les morts se trouvent au-dessous de nous
  d’autres et pas des moindres suggèrent que les morts au contraire sont au-dessus, et qu’ils pourraient, selon une météorologie toute métaphysique, pleuvoir – je pense qu’ils entendent par là  qu’il pourrait pleuvoir des morts
  entrer en soi, s’entendre, s’apparente au viol d’une morte, ce pur
  acte de fidélité

  je me sens tel un miroir posé là, attendant indéfiniment que ne passe devant lui le seul objet dont il puisse retenir ou refléter l’image
  quelle chance a t-il de voir cela se produire ? quasiment aucune, mais il n’a d’autre espoir de s’éveiller que cet improbable évènement
  c’est en ce sens que le miroir apparaît comme la frontière abstraite et intangible entre
  le pur néant et la lumière infinie…

 

Published by


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *