extrait de la joie pure

  une fois que j’ai tout dit, je rends mon âme
  et une fois mon âme rendue, je ne fais rien : je reste là, les bras ballants
  le cœur tondu
  une fois le cœur tondu je n’attends rien. j’attends donc là, rien mais sans plus
  pire que de n’avoir aucune raison d’être serait encore d’en avoir une, ou d’y prétendre
  ce qui n’est ici pas le cas, on l’aura bien compris

  on parle mais à travers, ou comme sous le tapis
  quand je pense qu’il va me falloir retraverser paris – par les souterrains certes, et seulement d’une gare à l’autre certes, mais avec quelque bagage
  ce grand vide. ce vide énorme. là. vraiment là. énorme. j’en fais quoi ?
  comment je fais, là ?

  mon dos de cuillère à moi il creuse et creuse, mais creuse à vide
  où mourir, et surtout que mourir ?
  j’attrape un abri anti-atomique, je le serre dans mes bras. je le serre très fort. contre moi
  il me soulève à son tour
  nous retombons tous quelque part, en cendres ou en enfance – à genoux quelque part

  pas plus qu’un mort sur terre. je te sèche la mine
  je te mouille le verre. pas plus d’un mort sous terre. il s’agit de ton œil – il faut faire attention où je crache
  éjacule
  me suicide
  promis, je ne me tuerai pas hors de l’écuelle tu n’auras pas
  à essuyer
  à ramasser
  rien à raccommoder

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