les pannes existentielles

  non, je ne suis personne, un mur
  se dresse au fond de la cour, une échelle
  dépourvue d’échelons, pour un glacial éden je
  ne suis personne vraiment – pleuvra t-il, pleuvra t-il pas, je n’en sais rien, un vent d’hiver
  court sur mes échasses

  j’ai planté mes serres dans le dos, les omoplates d’un amour irréductible
  et je me fous des nuages croisant au large de mon esprit – un café, noir de chez noir
  affûtera ma voix, fourbira ma colère, faut-il ici mentionner mon aversion viscérale
  pour les piscines, moches bassins et autres liquides équations…

  souvent je me traite
  d’animal, de planche pourrie de terre brûlée – bref j’avance, sur mes moignons j’avance
  pire que soi un homme alors
  se réfugie sous mon ombre, un ballon
  me porte si haut mais que faire si haut, que chanter
  d’une voix si obstinément fausse…?

  partir ne me ramènera pas chez moi – à force d’empiler les mensonges je ne parviens plus à me
  retenir de pisser, j’ai l’impression chaque soir de m’allonger près d’une
  croix gammée, m’endormir dans une chambre pleine de
  rêves écorchés, de mémoire suppliciée. heureusement m’aiment les chiens, les enfants,
  les pannes existentielles

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