je ne parle qu’aux étrangers, qu’aux
gens de passage, d’ailleurs je ne parle
qu’en langue étrangement étrangère, tant je n’ai pas de mère
pas de prune
pas même un noyau
de prune, ou la racine étriquée
d’un triste prunier
mon corps est
à l’abandon. j’ai payé mon bavoir, maintenant qu’on me rende
la soupe, l’os dans la soupe
le poisson de l’arête
le christ de mon corps
la petite étincelle là, tout au creux de l’œil
qui ne tremble pas, qui ne connaît ni
le doute, ni le froid
la misère va à dieu, l’homme au trou
ou contre la haie, s’il vit à la campagne
et qu’il ne pleut pas trop
personne ne sait ce que fait dieu les jours de pluie
les jours sans pluie quant à moi je n’existe
simplement pas
une fois dans l’année, rien qu’une fois, j’oubliai de m’oublier, je me
regardai droit dans les yeux avec les doigts
on n’aime qu’une fois, puis l’on se noie, et ce jusqu’à en
épuiser l’océan, ressortant nu de l’anus
du poisson-rat
un jour je n’étais pas comme ça, pourtant pas
si différent que ça, non plus
j’attrape un ch’val, je mords le ch’val, on ne
meurt qu’une fois après tout, quand bien même cela
doit durer toute une éternité
– et l’éternité j’étais pas prêt
l’éternité j’étais pas né
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