si le bruit dissimule la peur, que dissimule donc la peur ?
j’ai mangé un poteau. il faut toujours que je mange quelque chose
d’aberrant, d’indigeste ou de non-comestible
quant aux coquelicots, je préfère en fourrer les pétales dans mon slip
en échange de quoi ? je l’ignore tout autant
un jour viendra. on ne sait pas lequel mais on a la certitude
qu’il viendra, celui dont on espère qu’il ne repartira pas
ne cédera pas sa place
ne s’allongera pas sur le sol en attendant qu’un camion, qu’un train…
je n’ai nulle part où m’allonger. s’effondrer en soi-même ne réclame
aucun effort apparemment
il se passe quoi maintenant ? quels enfants au placard ?
broute le vide l’insatiable, chante à tue-tête le sourd-muet. j’ai perdu ma
boucle d’oreille – j’ai juste gardé l’oreille, et le trou dans l’oreille
il n’y a rien dans le trou, ce qui en fait un trou, il y a un trou en moi
ça ne me fait pas pleurer
la chute élargit, approfondit le ciel. je n’ai rien mangé depuis trois ans
ou sept, ou neuf, c’est selon. après tout on ne dort que le jour
il me faudrait un animal. je ne sais quel animal
finalement me choisira, j’attends qu’il gratte
à la porte ou à la fenêtre peu importe – les portes et les fenêtres
sont des points très sensibles, des surfaces fragiles
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