la nuit quand elle s’accroche

  c’est la dernière heure
  il n’y aura donc plus d’heure après cela
  je ne connais rien à rien, ne suis issu de rien, je le jure, mais avorté
  dans le rien nettoyé

  la peur aux dents
  d’un côté j’ai la peur, de l’autre j’ai les dents
  un homme libre c’est compliqué, je ferai donc l’animal sensible, le petit animal sensible
  on est peut-être heureux comme ça. peut-être même qu’on le croit vraiment, et tant qu’on finit par s’envoler
  on est des braves gens c’est vrai on est
  de modestes ordures

  tout ce dont je me souviens, c’est du froid
  permanent, le froid
  permanents les chemins qui ne mèneront jamais à soi, mèneront à n’importe quoi sauf à soi, or maintenant c’est fini
  définitivement clos
  en somme tout ouvert

  ce n’est pas la même chose. ce n’est jamais la même chose. j’y connais rien en rhétorique…
  je ne m’accompagnerai pas plus à mon dernier souffle, je ne me
  substituerai pas à l’idée que je me fais de moi-même ou de n’importe qui
  de n’appartenir à rien, je me tresse les cheveux, j’hurle au loup hurlant à la mort. on s’est trop embrassés
  on s’est tant embrassés qu’embrasser ne signifie plus rien qu’un bout de gras

  il va falloir montrer son corps. il va falloir exposer son âme. or nul n’y est prêt
  il va falloir en outre ne faire preuve de rien, d’absolument rien, ne plus endosser le rôle ne serait-ce que d’un homme
  tout au plus voyager sous une fausse identité, traînant une valise vide
  j’ignore d’où tu me tiens la main, je ne meurs pas tous les jours au même endroit
  alors embrasse-moi, embrasse-moi partout en toi

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