une seule minute abjecte, un rien qui m’ébranle
et ce dieu m’aspirant par la bouche d’une tombe, par un ciel haut perché,
ou par le puits d’un soi s’effondrant
dans l’unanimité
fenêtre ouverte sur quoi – un nombril-caoutchouc
un miroir à deux faces, soudain retournées l’une contre l’autre, crissant d’effroi ou de simple
désapparence – un nombril-mouchoir…
étrange sensation que d’exister dans une mémoire autre, unique témoignage
authentifiant la réalité de ce trou noir en moi, ce temps scellé comme par les bandes plastifiées
d’une scène de crime. quelque lueur
en émanerait donc encore…
guignol en avait l’air. je marchai pas à pas – comment eus-je pu
en enjamber un seul, esquisser l’à-côté, suspendre l’inertie?
je pissai sur mes traces, brouillant les inconduites – qui sait si
tu me rêveras…
me reverrai-je, assis là sur un banc, prêtant ma canne à un aveugle
auscultant le présent pour en prédire l’absence, ou vice-versa – suppose qu’une ligne,
qu’une ligne ait bougé, qu’une lèvre ait frémi, suppose si tu oses
l’impossible déminant le possible…
je laisse tout en ordre: les ch’vaux dans la prairie, la queue au cul des chiens, l’alignement des astres – en vrille oui mais je sors
du cercle je sors des gonds, j’appelle à l’aide l’écho-givre, boussole hors-nord
lâchant la bride aux élans rompus suis-je mort déjà, ou la mort ne fait-elle
que prendre mon accent, quand mon accent s’aggrave…




