ça n’avait plus de sens, mais plus de sens.
prends ma main et trace un cercle dans ma paume avec ton doigt
non, pas un cercle, une spirale plutôt – comme si cela pouvait exorciser le vide, d’invoquer le mystère…
ça n’avait plus de sens, et ça n’avait pas plus de sens de se battre contre ça, s’opposer à la débâcle
alors on a laissé tomber
un homme en moi ne se souvient de rien
il se rappelle mais en vain – nul ne lui répond ni à son nom.
un homme hors moi s’égare, chasse la mouche et serpente. un homme hors moi ne se sépare pas de soi.
c’est le feu. bientôt le feu partout. un feu de boue
va falloir y aller. ou s’enfoncer. s’enfoncer en soi ou s’évader hors soi
totalement, tant le fil est rompu.
la terre qu’on a première ne se réveille pas. on tient à ce qu’elle nous revienne or le retour a comme un goût de cendres, de serviette usagée
va falloir y faire un saut. un saut arrière un saut avant, un saut qui n’en/n’y retombe pas
un saut froid
j’ai vu la mer au milieu, de tout un corps j’ai vu la mer.
il me reste mes dents. et si tu veux il me reste ma langue. derrière la langue une longue famine, à laquelle on ne prête plus attention.
avec le recul on y pense moins, on n’y pense même pas. avec le recul on sait plus d’où, de quand on vient, ni comment faire
avec le recul on tressaille sur sa chaise
prends ma main et enfonce l’ongle de ton pouce fortement dans ma paume, ma paume fera le reste.
il ne m’arrive rien. d’un côté comme de l’autre il ne m’arrive rien, la rue déserte.
l’absence incandescente.
je me retourne machinalement et machinalement je sens que vivre me pèse, qu’il fallait s’y attendre, qu’il n’y a là
rien à attendre.




