supplication muette. j’achète une corde
j’achète un terrain d’foot, moi qui n’joue pas au foot
d’ailleurs personne n’y joue, j’vide le terrain
de joueurs, de mauvais joueurs, d’hagards supporteurs. je contemple mon terrain
vide. le beau vide de mon terrain. je garde mon terrain
vide
tout cela ne m’explique pas
d’ailleurs tout ne s’explique pas
il y a des jours ainsi, le jour faiblit. je finis par
ressembler à une taupe, une taupe grise, gris-taupe
je serai faible avec les faibles, je rêve aussi parfois
de trains sales ou sans
locomotive, ou alors je m’ennuie, suivant de loin le match poussif
entre deux gros nuages…
je ne remarque rien, tu ne remarques rien non, je ne remarque rien
se gratte la raie, s’écaille
la pomme de pin, sirène
à la découpe, tranches d’eau douce
il y a des gens qu’on appelle son copain
il y a des gens qu’on croise aussi, sans souvenir de l’origine
parcourir oh parcourir, hors-champ l’hors-sol
une amulette contre le mauvais temps, le mauvais temps dehors
tandis que je rentre en dedans, plus fébrile en dedans, visage à nu
soudé au masque
c’est la nature qui m’dénature, là carrément
à part vivant, que foutre ?
se gratter l’ventre, le nombril jusqu’au sang, il n’y a plus de sang
sous le nombril, pas l’ombre
d’une étincelle. alors on compte jusqu’à quatre, aller-retour on compte, recompte jusqu’à quatre, puis on décompte
que chacun en soi, vraiment en soi, ait intégré le zéro
soi-même come image du zéro
dont la foule s’effraie, soit jusqu’à quatre




