il ne mange pas assez, il se
suce le moignon, le mordille. il recopie ses textes au stylo-bille
la mort dans l’âme, et le reste à l’écran. que cela n’engage à rien l’arrange, d’une certaine façon
mourir prend peu de place. peu de place tout l’espace
il se souvient comme elle lui caressait le bras, d’un doigt
c’est fou tout ce que peut faire un doigt, puis se désiste
il plie et range soigneusement sa pénurie dans un sac, c’est fou tout ce que peut
contenir un sac, d’absences de carences, d’un tiens deux tu l’auras pas
quelque chose de sale prend soin de la pureté, la préserve la cajole, l’entoure de quelques précautions
il cherche une tête dans l’espace, les têtes ne poussent pas comme ça, ne repoussent
pas d’aussitôt
ni les paysages spontanément à la fenêtre – il faut auparavant souffler dessus
longuement
il tourne machinalement
l’anneau à son doigt, pensant qu’il finira bien par jouir
ou s’irriter
quelque chose le crispe, qui n’entre pas en considération
il y a comme une atteinte à la pudeur dans le fait même d’y penser
un trou dans le néant, une tasse d’un liquide tiédasse
marcher ne fait que déporter l’impuissance à se trouver là, l’imprévisible lui n’a pas bougé d’un pouce
il se touche les lèvres – du moins a t-il encore une bouche, c’est toujours ça
de gagné sur l’e muet
il tombe
en désuétude, en homme sur les rails pour faire l’amour au tram, il tombe
c’est sa route, son tacle
à force de se retourner se confondent en son esprit l’arrière et le devant, le vertige et la ligne assidue
de l’horizon quand tout s’effondre, tandis qu’il
se remet à pleuvoir…




